Réparer plutôt que jeter : l'ADEME et quefairedemesobjets.fr vous donnent toutes les clés

 

En France, 83% des citoyens ont une bonne image de la réparation, mais dans les faits, moins d'une panne sur deux débouche sur une réparation. Comment combler cet écart ?

Anne-Charlotte Bonjean, coordinatrice durabilité des équipements et ressources à l'ADEME et intrapreneuse derrière la startup d'État Que faire de mes objets et déchets, décrypte les dispositifs concrets qui existent aujourd'hui : indice de réparabilité, Bonus Réparation, label Répar'acteur… et Que faire de mes objets et déchets, un outil pensé pour que chaque Français sache quoi faire de n'importe quel objet abîmé, en trois clics.

La réparation en France : où en est-on vraiment ?

L’ADEME a sorti il y a quelques mois la troisième édition de l’étude « Les Français et la réparation » et la tendance est clairement positive. 83% des Français ont une bonne image de la réparation en 2024, c'est près de 10 points de plus qu'en 2014 ! Et 69% déclarent avoir effectué une réparation ces deux dernières années, seuls ou avec un professionnel. Le réflexe de la réparation entre dans les mœurs avec 56% des gens disent avoir l'habitude de faire réparer quand un produit tombe en panne.

Mais il y a encore un écart entre l'intention et le passage à l'acte. Sur les pannes concrètes, seulement 36% débouchent effectivement sur une réparation. Le premier frein, c'est le coût, au-delà de 30% du prix d'un produit neuf, la plupart des gens renoncent.

Une donnée intéressante : 77% des français estiment que les fabricants rendent la réparation difficile. Ce chiffre a baissé de 10 points depuis 2019, donc c’est un bon signal.

Concrètement, qu'est-ce que l’ADEME et les pouvoirs publics ont mis en place pour lever les freins à la réparation ?

Plusieurs dispositifs complémentaires ont été mis en place ces dernières années :

  • L’indice de réparabilité, obligatoire depuis 2021 sur certains appareils électroniques et électroménagers : il permet au consommateur de savoir, avant d'acheter, si un produit sera facile à réparer. C'est un signal fort envoyé aux fabricants.
  • Le Bonus Réparation, qui permet de réduire directement le coût d'une réparation chez un professionnel agréé. La mesure est portée par les éco-organismes de chaque filière concernée (Ecomaison, Refashion, Ecosystem et Ecologic). Ce bonus n’est donc pas financé par de l’argent public, mais par les eco-taxes versées par les metteurs en marché aux éco-organismes.
  • L'ADEME a également soutenu la mise en œuvre du label Répar'acteur, construit par les Chambres de Métiers et de l'Artisanat. Ce label identifie les artisans engagés dans une démarche qualité autour de la réparation. Aujourd'hui, le réseau compte 8 200 artisans labellisés partout en France.
  • L’ADEME mène des études pour avoir des éléments techniques à proposer aux gens qui cherchent des leviers pour agir. Elles sont toutes à retrouver sur la Librairie.

On entend de plus en plus parler du Bonus Réparation, qu’est ce que c’est exactement ?

Le Bonus Réparation est une aide financière qui permet de payer moins cher la réparation de nombreux objets du quotidien : électroménager, téléphone, ordinateur, vélo, vêtements, chaussures, meubles… Concrètement, si vous faites réparer votre objet chez un réparateur labellisé, la réduction est appliquée directement sur votre facture. Dans la plupart des cas, vous n'avez aucune démarche à effectuer ni aucun dossier à remplir. Selon l'objet, le Bonus peut aller de quelques euros jusqu'à 65€, ce qui rend la réparation beaucoup plus accessible.

Comment faire réparer en toute confiance ?

On va prendre un exemple très concret : mon grille-pain tombe en panne. Je fais quoi ? C'est un bon exemple parce que c'est précisément le type d'objet où les Français ont le moins le réflexe de réparer, alors que c'est souvent possible. Le premier réflexe à prendre est surtout de ne pas jeter !

Rendez-vous sur quefairedemesobjets.fr. Vous tapez « grille-pain », et le site vous indique immédiatement les options selon l'état de l'objet : le faire réparer, le donner, le recycler. En moins d'une minute, vous savez s'il existe un réparateur près de chez vous et si vous pouvez bénéficier du Bonus Réparation.

Ensuite il ne vous reste plus qu’à l’appeler pour prendre rendez-vous et vous y rendre. Certains proposent de la réparation à domicile. Sur le site, vous pouvez aussi trouver des ateliers d’auto-réparation, intéressant si vous êtes fan de bricolage ou que vous voulez apprendre !

Vous êtes responsable du site Que faire de mes objets et déchets. Qu’est-ce que cet outil, et à qui s'adresse-t-il ?

En France, l'offre de réparation et de réemploi existe, mais elle est peu visible et morcelée. Chaque éco-organisme communique sur sa propre filière, mais le consommateur ne sait pas où chercher, il n’a pas cette connaissance des filières et des éco-organismes. Que faire de mes objets et déchets centralise tout : on tape le nom d’un objet, on obtient quoi faire selon son état (le faire réparer, le donner, le recycler) avec les adresses correspondantes. Il y a aussi des contenus pédagogiques sur les aides disponibles, dont le Bonus Réparation.

Il faut savoir que le site existe sous le nom « Que faire de mes déchets » depuis plus de 20 ans ! Et encore avant cela, à l’époque du minitel, l’ADEME avait un service qui aidait les citoyens à savoir dans quelle poubelle devait se jeter chaque déchet. Quand le projet est devenu une startup d’Etat co-portée par Beta-Gouv, nous avons travaillé pour intégrer les acteurs du réemploi et de la réparation dans nos recommandations.

Qu'est-ce qu'il manque encore pour que réparer devienne vraiment le réflexe par défaut en France ?

Il reste encore plusieurs leviers à actionner pour que la réparation devienne le réflexe par défaut.

Le premier, c'est d’acheter des produits réellement réparables. Cela passe par l'éco-conception, du côté des fabricants, mais aussi par des choix d'achat plus responsables de la part des consommateurs. Plus un produit est conçu pour être fiable, démontable et réparable, plus il a de chances d'avoir une longue durée de vie.

Ensuite, il faut renforcer l'offre de réparation. Dans certains territoires ou pour certaines catégories de produits, les réparateurs ne sont pas assez nombreux pour répondre à la demande. Former davantage de professionnels est donc un enjeu important. A ce sujet, vous pouvez lire l’étude ADEME sur la formation des réparateurs sortie en début d’année.

Enfin, il faut continuer à rassurer les citoyens et leur donner confiance. Beaucoup hésitent encore à faire réparer par peur du coût ou de la qualité de l'intervention. Les dispositifs comme le Bonus Réparation permettent justement d'apporter ce gage de confiance. Plus ces solutions seront connues, plus il sera naturel de faire réparer plutôt que de remplacer. Et c’est là tout l’objectif de Que faire de mes objets et déchets : que, demain, lorsqu'un objet tombe en panne, la première question ne soit plus « par quoi vais-je le remplacer ? » mais « où puis-je le faire réparer ? ».

Et maintenant, à vous de jouer ! Rendez-vous sur quefairedemesobjets.fr pour trouver, en quelques clics, la meilleure solution pour réparer, donner, revendre ou recycler vos objets.